Des parasites dans votre sang ? Il y a une app pour ça!

    “Un smartphone a été utilisé pour détecter automatiquement les parasites qui frétillent dans les échantillons de sang “, rapporte la BBC News. On espère que le dispositif personnalisé puisse contribuer dans des programmes visant à se débarrasser des parasites, dans certaines parties de l’Afrique.

    Dans certaines régions d’Afrique, deux maladies parasitaires – la cécité des rivières et l’éléphantiasis – sont un problème de santé majeur qui touche des millions de personnes. Ces deux maladies peuvent être traitées avec un médicament appelé ivermectine.

    Mais si vous prescrivez à quelqu’un de l’ivermectine et qu’il a aussi un nombre élevé d’un parasite moins nocif appelé Loa loa (le ver africain de l’œil) dans le corps, cela peut déclencher des effets secondaires potentiellement mortels.

    Cela a entravé les programmes de traitement à l’ivermectine à grande échelle, visant à éradiquer la cécité des rivières et l’éléphantiasis, dans certaines zones. Car les populations ont besoin d’avoir des tests chronophages, pour les niveaux de Loa loa, avant de pouvoir être traitées.

    Le nouveau dispositif – un iPhone standard, relié à un module à lentille spécialement conçue à cet effet – permet aux personnes, ayant un minimum de formation, de mesurer rapidement les niveaux de Loa loa, dans un échantillon de sang.

    Cette étude a révélé que l’appareil réalise des analyses similaires aux tests standards chronophages de laboratoire, effectués par des techniciens formés.

    Mais il s’agit uniquement d’une petite étude pilote, réalisée sur 33 personnes, et des études plus approfondies sont nécessaires pour confirmer la précision de la technique.

    Le développement d’une technique qui pourrait être appliquée rapidement sur le terrain, sans beaucoup d’équipement spécialisé, pourrait être une étape importante, dans le traitement de ces maladies parasitaires.

    Les chercheurs pensent que le dispositif pourrait également être utilisé, afin de détecter d’autres parasites pathogènes, en mouvement dans le sang.

    D’où vient ceci ?

    L’étude a été réalisée par des chercheurs de l’Université de Californie, l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses aux États-Unis, le Centre de recherche sur la filariose et autres maladies tropicales, l’Université de Yaoundé, au Cameroun et l’Université de Montpellier, France.

    Elle a été financée par la Fondation Bill et Melinda Gates, l’Université de Californie, l’Agence américaine pour le développement international, le Fonds Chatterjee Purnendu et l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses.

    Certains des chercheurs possèdent des brevets ou ont demandé à déposer des brevets, concernant cette nouvelle approche, et deux d’entre eux possèdent des parts dans la société qui a développé le dispositif.

    L’étude a été publiée dans le peer-reviewed journal, Science Translational Medicine.

    La couverture de la BBC était juste et comprenait un commentaire d’un expert indépendant du Royaume-Uni.

    De quel type de recherche s’agit-il?

    Cette étude en laboratoire a cherché à savoir si un microscope vidéo sur téléphone mobile pourrait détecter avec précision et mesurer la quantité d’un ver parasite appelé Loa loa (ver de l’œil africain) dans une goutte de sang d’un patient.

    Dans certaines régions d’Afrique, les maladies parasitaires sont un problème de santé publique majeur qui affecte des millions de personnes. Une infection appelée onchocercose, ou cécité des rivières, en particulier, est la deuxième cause la plus fréquente de cécité infectieuse dans le monde, et peut également entraîner des maladies de la peau défigurantes.

    La filariose lymphatique conduit à l’éléphantiasis, qui est marquée par l’enflure défigurante et est la deuxième cause d’invalidité, dans le monde entier.

    Ces deux maladies peuvent être traitées avec le médicament antiparasitaire ivermectine, mais celui-ci peut avoir des effets secondaires dangereux, pour les patients qui sont également infectés par Loa loa.

    Quand il y a un grand nombre de vers microscopiques Loa loa dans le sang d’un patient, le traitement par l’ivermectine peut entraîner de graves et parfois fatales lésions cérébrales. Les auteurs disent que cela a conduit à la suspension des campagnes de santé publique en masse, pour administrer l’ivermectine, en Afrique centrale.

    À l’heure actuelle, la méthode standard d’évaluation des niveaux de Loa loa implique disposer de techniciens formés qui comptent manuellement les vers, en utilisant les microscopes de laboratoire conventionnels. Ce processus est peu pratique, pour les professionnels de la santé travaillant dans les communautés où ils ne disposent pas accès à des laboratoires, ou dans les grandes campagnes de traitement à l’ivermectine.

    Cette étude a testé une nouvelle méthode, développée par des chercheurs pour détecter le Loa loa, qui utilise une caméra de smartphone et évite la nécessité d’envoyer des échantillons à un laboratoire.

    Qu’a impliqué la recherche?

    Pour tester la précision de la nouvelle technique, les chercheurs l’ont comparée à des analyses faites avec un microscope standard de référence, en laboratoire. Ils l’ont fait pour des échantillons de sang prélevés sur 33 personnes au Cameroun, qui étaient toutes âgées de plus de six ans et ayant potentiellement été infectées par le Loa loa.

    La nouvelle technique utilise un microscope vidéo sur téléphone mobile qui détecte automatiquement le mouvement frétillant, signe des vers. Il examine un échantillon de sang d’une piqûre du doigt, en utilisant le mode accéléré et ce mouvement caractéristique, pour compter les vers.

    Le processus utilise une caméra de l’iPhone 5, joint à une base en plastique imprimé en 3D, où l’échantillon de sang est positionné. Le contrôle du dispositif est automatisé, grâce à une application développée par les chercheurs à cet effet.

    Le sang des patients a été prélevé à travers une piqûre au doigt, puis chargé dans deux capillaires rectangulaires, pour obtenir des mesures en double. Une série de vidéos a été prise de chaque échantillon, par le logiciel du téléphone mobile.

    Les chercheurs disent qu’il faut une minute, pour piquer le doigt et charger le sang sur le capillaire, et l’ensemble du processus prend deux minutes maximum, à partir du moment où l’échantillon est inséré dans le téléphone, et l’affichage des résultats se fait.

    Au total, 5 ou 10 vidéos ont été prises de chaque échantillon, ce qui a donné un résultat d’environ 300 vidéos. Seize d’entre eux ont été exclus de l’analyse, soit parce que les chiffres étaient incohérents ou à cause d’un dysfonctionnement de l’appareil.

    Du sang a également été prélevé, de chaque patient, pour des analyses en laboratoire standard de référence, afin de détecter les vers Loa loa. Ces échantillons ont été transportés à un laboratoire central, pour évaluation par deux techniciens indépendants.

    Les chiffres de cette analyse ont été utilisés pour évaluer si le nombre de vers Loa loa était en dessous du niveau auquel il était sûr de traiter des patients avec l’ivermectine. On a appelé cela le seuil de traitement.

    Les chercheurs ont ensuite comparé les résultats du microscope smartphone avec ceux du laboratoire.

    Quels sont les résultats de base?

    Les chercheurs ont trouvé que le nombre de vers Loa loa mesuré par le téléphone mobile vidéo était très semblable aux résultats du laboratoire. En comparaison avec l’analyse en laboratoire, parmi les échantillons de smartphone :

    • il n’y avait pas de faux négatifs. C’est à dire, lorsqu’il n’y a pas de patients ayant un nombre de vers au-dessus du seuil de traitement, avec les méthodes standard de référence, qui auraient été incorrectement identifiés comme sûrs pour le traitement, par la technique du smartphone
    • il y avait deux faux négatifs. C’est à dire que deux patients ayant un nombre de vers au-dessus du seuil de traitement, avec les méthodes standard de référence, ont été incorrectement identifiés comme sûrs pour le traitement, par la technique du smartphone

    Cela signifiait que le dispositif pour téléphone mobile avait :

    • une sensibilité à 100% – cela mesure à quel point le test est bon pour identifier ceux dont le nombre de vers est trop élevé et donc pas sûr et ceux qui peuvent recevoir le traitement d’ivermectine
    • 94% de spécificité – cela mesure à quel point le test est bon pour identifier ceux dont le nombre de vers n’est pas trop élevé et donc sûr, et qui peuvent recevoir le traitement d’ivermectine ; cela signifie que 6% des personnes testées indiqueraient que leur nombre de vers était dangereux, alors qu’en fait elles étaient en sécurité.

    Comment les chercheurs ont-ils interprété les résultats?

    Les chercheurs affirment que cette nouvelle technologie pourrait être utilisée dans le lieu de soins, afin d’identifier les patients qui ne peuvent pas être traités, en toute sécurité, en utilisant l’ivermectine.

    Ils disent que cela permettrait de reprendre le traitement médicamenteux en masse, à la fois pour la cécité des rivières et l’éléphantiasis, en Afrique centrale.

    Conclusion

    Cette étude suggère une nouvelle approche, basée sur un smartphone, qui pourrait fournir un moyen rapide pour mesurer les niveaux d’infection par le ver Loa loa, dans des échantillons de sang, et avec un haut niveau de précision.

    Cette technique pourrait permettre une évaluation de l’infection des personnes, dans les communautés pas faciles d’accès, sans tests en laboratoire ; ce qui est habituellement utilisé pour détecter les vers.

    Ceci est important, car les personnes ayant des niveaux élevés de cette infection peuvent souffrir d’effets secondaires potentiellement mortels avec l’ivermectine, qui est utilisé pour traiter les deux autres infections parasitaires.

    Il est bon de rappeler qu’il s’agit d’une étude pilote sur seulement 33 personnes, en utilisant un prototype d’appareil. Le nouveau dispositif aura besoin de plus de précisions et de tests, afin de s’assurer qu’il fonctionne suffisamment bien, avant de le rendre opérationnel.

    Le test semblait bien recueillir toutes les personnes ayant des niveaux de vers qui rendraient l’ivermectine dangereux, mais a classé 6% de personnes comme ayant des niveaux dangereux, quand en fait les tests en laboratoire ont constaté qu’ils avaient des niveaux sûrs. Cela signifie que 6% des personnes pourraient être privées d’ivermectine inutilement.

    Si cette exactitude est confirmée, cette nouvelle approche pourrait permettre aux travailleurs de la santé de déterminer rapidement sur place, s’il est sûr de donner à quelqu’un l’ivermectine, pour le traitement de la cécité des rivières et l’éléphantiasis.

    L’éléphantiasis est une cause majeure de handicap évitable dans le monde en développement, tandis que la cécité des rivières est la deuxième cause de cécité liée à l’infection. Les approches qui permettent les programmes de traitement de masse bon marché, efficaces et sûrs, pourraient avoir un impact important sur la santé.

    Analyse par Bazian

    Édité par NHS Choices

    Source: http://www.nhs.uk/news/2015/05May/Pages/Smartphone-app-used-to-scan-blood-for-parasites.aspx

     

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